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Titre : Mystère à Shangaï

Date de sortie :

Suisse/Belgique : 5 Novembre 2007

France : 19 février 2008

Genre : Films Classique années 50

Origine : Belgique 2007

Adaptation du livre : "La Nuit du 12 au 13" de S.A. Steeman

Réalisation : Roger Blanc

Durée : 90 minutes

Casting : Paul Bernard, Maurice Teynac, Hélène Perdière, Pierre Jourdan, Robert Lussac, Stanislas-André Steeman, Gilberte Clair, Krisha Steeman-Duchesne

Musique : Maurice Thiriet

Formats Image et son : 1.33 4/3. Noir et Blanc - Mono

Langue : Français

Sous-titrage : -

Bonus : Court-métrage de 22 minutes : "La cave" Raymond Dastra 1957

Inédit DVD : 1 DVD

Gen code DVD : 5 425020 930024

Editeur : Come and See

 

Distributeur DVD :

Suisse : AV Distri

Nicolas Guignard

+ 41 21 635 73 30

nicolas@avdistri.ch

France : AV3 Distri et Arcadès

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Belgique : Come and See

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Synopsis :

 

Qui, sous la signature du Dragon Vert, veut extorquer la coquette somme de 50 000 dollars à Herbert Aboody, directeur d'une affaire d'import-export à Shanghai ?

Le détective Wenceslas Vorobeïtchik, alias M. Wens, commence par faire fausse piste, ce qui l'oblige à passer avec son client la nuit du 12 au 13, ultime délai pour qu'Aboody paie ou meure. En même temps, Aboody tente d'obtenir de sa jeune femme Floriane qu'elle cède ses bijoux afin de rassembler la somme exigée. Celle-ci refuse. peu après minuit, les coups de feu retentissent : Aboody est retrouvé mort et le détective grièvement blessé. Le commissaire Malaise a presque trop de suspects sous la main et un seul fil conducteur : l'opium dont Aboody faisait le trafic et que fume Floriane. Qui est qui ? Qui veut quoi et pourquoi ? Les ingrédients du polar sont là, un meurtre, un détective, un flic, des suspects qui se cachent derrière le « dragon vert ».

 

La collection Made in Belgium :

 

Les Histoires du cinéma font généralement peu de place aux cinéphiles passionnés, qui pourtant permettent la (re) découverte de certains films et donnent par leur amour inconditionné une partie de sa noblesse au 7éme art. Paul Geens est pour moi le plus grand spécialiste du cinéma belge. J’ai à de multiples reprises fait appel à lui, pour avoir des informations sur tel ou tel cinéaste, sur tel ou tel film flamand ou francophone de Belgique.

Paul Geens a écrit un livre de référence sur le cinéma flamand (Naslagwerk over de Vlaamse film en 1986), coréalisé avec Marc Lobet un documentaire sur 100 ans de cinéma en Belgique (Made in Belgium, 1995), il a travaillé à la Cinémathèque de Leuven et entrepris depuis des années de racheter les droits de films belges dont les producteurs étaient tombés en faillite ou dont l’exploitation n’était plus assumée. Ce qui m’a plu d’emblée en Paul Geens, c’est qu’au-delà du caractère encyclopédique de ses connaissances, il est aussi un homme libéré de tout conformisme et tout a priori. Il peut tout autant (?) s’enflammer pour un film patoisant ayant été à l’époque de sa sortie brocardée par la critique, que pour des films de série B (et de série Z !), que pour les chefs d’oeuvre du cinéma belge, qu’ils appartiennent au passé ou au présent. Paul Geens est aussi l’un des derniers «vrais» belges : autant à l’aise dans la culture flamande (son terreau d’origine) que dans les expérimentations francophones. Sa passion pour le cinéma national est telle qu’il s’intéresse aussi aux co-productions, aux acteurs, aux scénaristes, ou aux cinéastes belges qui participent à des films français, hollandais... ou américains. La question de ce qui différencie un cinéphile obsessionnel d’un historien du cinéma se pose ici avec pertinence : l’historien ayant davantage que le passionné tendance à classer, à hiérarchiser et parfois aussi à se tromper dans ses jugements, qui peuvent être sous-tendus par des arrière-pensées idéologiques (comme chez Sadoul) ou par des déterminations esthétiques, loin d’être infaillibles.

En créant une nouvelle collection DVD intitulée «Made in Belgium» aux éditions Come-and-see Paul Geens fait oeuvre de transmission et nous donne accès à certains films aujourd’hui oubliés… Voir même inconnus. À chacun des longs-métrages ainsi édités, un court-métrage se trouve en bonus, en lien avec le cinéma belge, lui aussi. Grâce à Paul Geens, ils ont une existence. Le choix des titres retenus tient en premier à cette volonté de faire vivre des films qui appartiennent à l’histoire du cinéma belge.

 

 

 

Mystère à Shanghaï, film policier français avec participations belges :

 

Roger Blanc est français, comme la production du film Mystère à Shanghaï. Cette réalisation est à replacer dans le contexte de la fin des années 40 et du début des années 50, quand il y avait en France une tradition du cinéma policier, qui pouvait autant animer des productions prestigieuses (avec des stars et budgets conséquents pour l’époque) que des films de série B entrepris avec de très pauvres moyens. La télévision était encore très peu répandue, et il fallait «alimenter» les salles de province ou les salles de seconde exclusivité, qui ne pouvaient pas toujours avoir accès aux copies des films réputés (Une étude reste à mener sur cette économie parallèle du cinéma, qui se développait autour des productions commerciales, de films de genre, sans moyen). De Roger Blanc, on retient quatre longs-métrages : un premier film réalisé en 1948 (Scandale aux Champs-Élysées) et deux films réalisés après Mystère à Shanghaï (Minuit Champs-Élysées en 1953 et L’aventurière des Champs-Élysées en 1956). François Guérif mentionne le cinéaste dans le livre de référence qu’il a écrit sur Le Cinéma policier français (Artefact, 1981), en disant de lui : «Une thématique du décor, à défaut d’autre», j’y reviendrai.

 

Mais qu’y a-il alors de belge dans cette production ? Stanislas-André Steeman : Mystère à Shanghaï étant une adaptation de son livre, La nuit du 12 au 13. S.A. Steeman participa non seulement au scénario et aux dialogues du film, mais aussi en y étant l’interprète d’un rôle secondaire, celui du comptable. La propre épouse de celui-ci, Krisha Steeman-Duchesne, interprète également un rôle dans le film, celui d’une prostituée (Krisha Steeman-Duchesne a été surtout connue en Belgique pour son interprétation dans l’adaptation de Gaston Schoukens, le roi de la farce populaire, de Bossemans et Coppenolle, en 1938… qui fut un grand succès populaire). Toujours côté casting, il faut citer Robert Lussac (qui avait financé une production belge importante d’après-guerre, Le pèlerin de l’enfer, basé sur une histoire vraie, dans lequel il s’était attribué le rôle principal, celui du Père Damien, missionnaire auprès des lépreux).

 

S.A. Steeman, un déçu pathologique du cinéma:

 

Aucune des adaptations cinématographiques de ses livres ne trouva grâce aux yeux de S.A. Steeman. De L’Assassin habite au 21, réalisé par Clouzot, Steeman écrit : «Je vis le film dans un cinéma dit de quartier, à Bruxelles, et fut heureusement surpris de constater que l’on avait bien voulu garder le tiers de la moitié des gags sur lesquels j’avais sué. Le tiers de la moitié des moins bon, cela va sans dire.»

Dans la préface de son livre La nuit du 12 au 13, Steeman revient ainsi sur l’ensemble de ses aventures cinématographiques. «Spectateur, j’espère beaucoup du cinéma. Auteur, je n’espère plus grand-chose de messieurs les producteurs de film». S.A Steeman n’est pas plus élogieux pour Mystère à Shanghaï. C’est pourtant avec son accord que l’action fut déplacée d’Anvers à Shanghaï. La raison invoquée pour ce changement est qu’il était devenu impossible de tourner dans le port flamand suite au film d’Yves Allégret, Dédé d’Anvers (1947), qui avait fâché le bourgmestre, qui trouvait que le cinéma donnait une mauvaise image de la ville. La réalité est sans doute pour partie autre, car théoriquement rien n’empêchait de reconstruire en studio l’ambiance d’un port européen… C’est sans doute aussi pour des raisons d’exotisme, et parce que Shanghaï pouvait «accréditer» dramatiquement un trafic d’opium,

que ce choix fut retenu. Et cette décision n’était pas pour déplaire à l’écrivain, puisque S.A. Steeman décida aussi d’écrire une nouvelle version éditoriale de La nuit du 12 au 13 (la première version du roman a été écrite en 1931, la deuxième, remplaçant la première, en 1949). Mais alors, pourquoi S.A Steeman s’interroge-t-il lui-même dans la préface de cette nouvelle édition : «Mais le film me demanderez-vous ? Que pensez-vous du film lui-même ? Je l’ai trouvé chinois.» Mauvaise foi ou mot d’auteur ? Incapacité pathologique à apprécier le passage de l’écrit à l’écran (d’où ressortirait un sentiment de dépossession) ou critique implacable et sans complaisance ?

 

Tintin, version film policier pour adultes :

 

Certains films ne souffrent pas d’une grille d’analyse classique et peuvent être appréciés pour des raisons autres que ce pourquoi ils ont été conçus. André Breton écrit dans Nadja : «Je dois confesser mon goût pour les films français les plus idiots». Il ne s’agit pas pour Breton de vanter les films commerciaux, mais les nanars, comme L’étreinte de la pieuvre («Ce film, de beaucoup, celui qui m’a le plus frappé»). Le décalage entre la narration à laquelle est censé adhérer le spectateur et l’imaginaire auquel le film renvoie (qui peut donner une impression de fantastique, de toc, de merveilleux) plaisait beaucoup aux surréalistes.

Mystère à Shanghaï est tourné en studio, et cela se voit. En dehors de quelques prises de vues de foule asiatique dans la rue, tout sonne faux. Le spectateur est alors placé devant l’alternative suivante : décrocher du film du fait du manque d’adhésion à sa «vraisemblance» ou au contraire trouver un plaisir à ce hiatus. Le décalage est d’autant plus intéressant dans Mystère à Shanghaï que l’intrigue, elle, est parfaitement achalandée. Les dialogues sont percutants et souvent drôles («je veux savoir avant tout si ce dragon vert est un dragon sérieux ?»). Les personnages (y compris les protagonistes) sont pervers, drogués, ont un passé trouble, se révèlent manipulateurs et commettent l’adultère – en allant parfois jusqu'à tuer (par «légitime défense»). Comme dans Le Lotus Bleu, l’Asie reflétée dans le film joue sur les clichés. Comme chez Tintin, le contexte colonial ne joue pas en faveur des occidentaux (qui occupent tous les postes à responsabilité et en abusent). Il y a un côté BD pour adulte, dans Mystère à Shanghaï. Une grande naïveté, un goût pour l’aventure, pour l’héroïsme… et l’apologie de comportements immoraux. Shanghaï, c’est l’appel au large et aux débordements - soulignons que S.A.Steeman ne s’est jamais rendu en Asie. Le décor «factice» a ici une importance essentielle : il est la matérialisation de tous les possibles, pourvu qu’on garde une âme d’enfant.

 

Frédéric Sojcher

Cinéaste et Directeur du Master scénario et réalisation à l’Université de Paris I – Sorbonne. Auteur de plusieurs

ouvrages sur le cinéma, dont La kermesse héroique du cinéma belge.

Pour plus d’informations sur Stanislas-André Steeman et son oeuvre : http://home.scarlet.be/steeman

 

 

Bonus : La Cave :

 

Fernand Janssens (éditeur de disque Sobedi) fut, dans les années 50, un des producteurs qui se servit très vite bien du système de détaxation instauré par le ministre des affaires économiques. Il a produit des courts-métrages qui furent présentés en avant-programme dans les salles de cinéma. Il recevait ainsi de ce ministère un pourcentage sur les recettes du long-métrage auquel ce court était accolé. Avec son fidèle réalisateur Raymond Dastra, qui plus tard est entré à la RTBF pour, entre autres l’émission Le jardin extraordinaire, il adapte en 1957 une nouvelle de William Irish. Les interprètes en sont Micheline Bourdet et Guy Lou.

 

William Irish est comme S.A. Steeman, un des créateurs du roman à suspense. Dans ses oeuvres, la mort rôde, compagne du désespoir de ses héros au bord du cauchemar, hantés par une violence sourde qui les ronge. William Irish est né Cornell Georges Hopley le 04 décembre 1903 à New-York. Il écrit beaucoup de nouvelles et quelques romans publiés sous différents noms : William Irish, Cornell Woolrich ou encore Georges Hopley. L’oeuvre de William Irish a inspiré une vingtaine de films dont La mariée était en noir, La sirène du Mississipi de François Truffaut ou encore Fenêtre sur cour (Rear window) d’Alfred Hitchcock. Il mourut à New York le 25 septembre 1968. La nouvelle Three o’clock sur laquelle est basée La cave a d’ailleurs été adaptée deux fois en 1957. Une première fois par nos cinéastes belges et une seconde fois par une personne qui n’est autre qu’Alfred Hitchcock avec E.G Marshall et Harry Dean Stanton sous le titre de Four o’clock, premier épisode de sa série télé Suspicion.

 

 

Note de l’éditeur :

 

Les films présentés dans cette collection sont des films restaurés sur fonds propres sans aucun subside. La restauration est un travail minutieux extrêmement onéreux, faisant appel à des techniques de pointe. Le système sonore «Euphonic» utilisé par la production du film Mystère à Shanghaï n’existe plus aujourd’hui, ce qui fait que les systèmes de lecture sonore d’aujourd’hui génèrent un souffle sur la copie. Il faudrait faire une Histoire des différents systèmes sonores ayant longtemps co-existé dans les salles de cinéma et étant aujourd’hui obsolètes. Un investissement considérable serait nécessaire pour restaurer la bande sonore de Mystère à Shanghaï, ce que personne ne peut faire à ce jour.

La rencontre de Paul Geens et de Mélanie Couraud des éditions Come-and-see donne ainsi une nouvelle existence à ces films avec la collection Made in Belgium DVD. «On vous souhaite autant de plaisir que nous en avons eu à découvrir ou redécouvrir ces films.»

 

Paul Geens et Mélanie Couraud

 

 

 

 

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