Le mot de l'éditeur sur Niger - La bataille de l'uranium & Le sortilège du jade

Le réalisateur

Niger – la Bataille de l'Uranium

Tourné en bonne partie en caméra cachée, dans des zones théoriquement interdites aux visiteurs, le reportage de Nahan Siby, Frédérique Denis, Stéphanie Manier et Catherine Block nous montre ce que nous ne sommes pas censés voir: la pollution extrême dans laquelle travaillent les ouvriers de l'uranium, le pillage des terres des touaregs, la corruption du gouvernement et Arlit, cette grande ville incensée construite en plein désert uniquement grâce aux mines.

Une des forces de ce film est de donner la parole à tous les acteurs: la guérilla touareg, dont on ne peut excuser les exactions sanglantes même s'il faut admettre qu'ils n'ont pas vraiment d'autre moyen de se faire entendre; les représentants du gouvernements, qui assurent que les populations locales bénéficient des retombées financières de l'extraction de ses sous-sols; les représentants d'Areva, qui font l'inventaire de tous les bienfaits apportés par l'entreprise aux autochtones; les médecins des hôpitaux d'Arlit, dont on apprend qu'ils sont parfaitement équipés, sauf pour détecter les maladies causées par d'éventuelles radiations; des opposants locaux, qui font ce qu'ils peuvent pour se faire entendre malgré leur misère; des experts extérieurs, qui font l'inventaire des maux auxquels sont exposés les habitants d'Arlit.

Et finalement, plusieurs constats s'imposent: premièrement, jamais une situation pareille n'aurait été possible dans un pays riche. Le Niger n'ayant pas les moyens d'extraire lui-même l'uranium, il a dû faire des concessions énormes lorsque les investisseurs sont arrivés. Faute d'avoir pu investir, le pays ne touche pratiquement rien, quand bien même les ressources extraites lui appartiennent. Un pays riche aurait ses propres infrastructures et vendrait la matière première prête à l'utilisation, et non simplement son sol.

Deuxièmement, l'industrie nucléaire n'a pas beaucoup de scrupules, mais le pire est à venir. Il est reconnu que les réserves d'uranium baissent dangereusement alors que la demande augmente. Cela aura comme conséquence l'exploitation de gisements dans des conditions toujours moins bonnes, les plus accessibles étant épuisés. De plus, les Chinois se préparent à construire leurs propres mines au Niger, et il est probable qu'ils n'auront même les quelques égards des Français.

Troisièmement, cela démontre un défaut de plus de l'énergie nucléaire, qui n'a de propre que le slogan. Au delà des risques et des déchets, l'approvisionnement en combustible est un gros problème: l'énergie grise nécessaire à son extraction, son transport et sa transformation, son aspect non-renouvelable, la pollution et des maladies qu'elle provoque et enfin sa provenance non-équitable sont autant de raisons de s'opposer à l'énergie nucléaire.

Reste la question habituelle, après avoir vu ce film: en tant que modeste citoyen, que peut-on faire? On ne résoudra le problème de l'exploitation de l'uranium qu'en cessant d'en consommer. Et pour cela, il faut fermer les centrales nucléaires – mais là, c'est une question politique. En soutenant les associations qui militent contre le nucléaire, en votant pour des personnes qui souhaitent en finir avec cette énergie sale, vous pouvez contribuer à faire changer les choses. Et en tant que consommateur, il est parfois possible de choisir du courant “vert” (c'est-à-dire produit à partie d'énergies renouvelables). Plus cette demande augmente, plus les producteurs d'électricité seront incités à investir pour produire du courant vert.

Ce film traite d'un sujet dont on ne parle en général pas: d'où vient l'uranium qui fait tourner nos centrales nucléaires? Le débat sur le nucléaire est souvent très animé, et les arguments principaux des anti-nucléaires sont surtout les dangers pour la population, le problème des déchets, parfois la question du démantellement des centrales. Mais il est très intéressant de découvrir que la provenance du combustible est encore un autre problème – un de plus, en somme.

 

Birmanie – le sortilège du Jade

Ce petit reportage au coeur des mines de jade, en Birmanie, contient des images exceptionnelles: celles de ces chercheurs de pierres, défoncés aux drogues dures au point de ne plus prendre la peine de retirer leur sereingue du bras, qui attendent que quelque chose se passe. Des images choquantes, tournées en caméra cachée, au péril de la vie de son auteur.

Et puis il y a le contraste, terrible, avec les boutiques de luxe dans les grandes capitales asiatiques proposant des bijoux dans la fameuse pierre verte, les ventes aux enchères atteignant des montants astronomiques que les chercheurs ne peuvent même pas imaginer. Entre deux, nous suivons la chaîne: les petits propriétaires d'un bout du gisement, les intermédiaires, les spécialistes qui choisissent les plus belles pierres, les artisans bijoutiers. Tellement de luxe et de paraître à un bout pour tellement de misère et de désespoir à l'autre!

Le jade est une pierre très prisée en Asie – et la formidable augmentation de la demande notamment en Chine fait tourner la tête à beaucoup de monde. Au-delà du cas particulier du jade et de ses images édifiantes, ce film fait une nouvelle fois réfléchir sur les conditions dans lesquelles les matières premières que nous consommons sont extraites.

Que pouvons-nous y faire? En Europe, nous consommons relativement peu de jade, mais ce film doit nous rendre attentif à la provenance de ce que nous achetons. Des labels existent pour beaucoup de produits importés, cela vaut la peine de se renseigner.