Le mot de l'éditeur sur Les pirates du vivant & Argentine: le soja de la faim

Le mot de l'éditeur

Les Pirates du Vivant

Ce film de Marie-Monique Robin m’a immédiatement beaucoup plu : d’abord, le sujet de la biopiraterie est méconnu du grand public et mérite un éclairage. Deuxièmement, ce film a été réalisé avec beaucoup de sérieux, sur une longue période, pour un résultat aussi cohérent que convainquant. Notamment le fait d’avoir pu filmer les différentes parties impliquées dans la biopiraterie est vraiment très intéressant.

Ce que j’en retiens ? La biopiraterie est un exemple flagrant du pillage des plus modestes par les plus puissants. Mme Robin ne parle pas de l’Afrique dans son film, mais ce continent a déjà été totalement pillé et breveté par les grandes compagnies occidentales. Si on voit dans le film l’Inde et le Brésil organiser une certaine résistance, la plupart des états Africains n’ont pas ces moyens. Le problème est que, dans la plupart des cas, les actions intentées par le gouvernement Indien, par exemple, se sont soldées par des succès, mais seulement après de longues années de procédures coûteuses, qu’il n’est malheureusement pas possible d’entreprendre à chaque fois. Cela démontre que ces sociétés sont dans la plus totale illégalité, mais restent impunies uniquement pour des questions de procédure !!! A quoi servent donc les lois et les accords internationaux, s’ils ne sont pas applicables dans les faits ? Pour la petite histoire, il est peut-être intéressant de savoir que, finalement, M. Procter a perdu son brevet sur les haricots jaunes.

Que peut-on faire ? Evidemment, la question est difficile… Comme la plupart des recettes utilisées dans les médicaments ou les parfums (par exemple) sont tenus secrets, il n’est pas possible de dire quelle entreprise a « volé » ses brevets et laquelle est éthiquement correcte. Il faut rester attentif aux différents labels existants, et continuer d’exiger des entreprises des comportements éthiques et durables.

Argentine : le Soja de la Faim

« Argentine : le Soja de la Faim » est une éclatante démonstration des nombreux effets négatifs induits par la production d’OGM en Argentine, et ceci sans même entrer dans la polémique du danger pour la santé du consommateur final : en Argentine, la culture du soja transgénique a produit dans un premier temps d’excellents résultats, ce qui a mené à une quasi-monoculture. S’en sont suivis : déforestation intensive, appauvrissement des sols, baisse de rendement, recours à des herbicides toujours plus puissant pour lutter contre des mauvaises herbes qui se sont adaptées (donc intoxication de la population locale) et, pour terminer, baisse des cours du soja au niveau mondial, donc ruine.

La démonstration est limpide, mais il faut distinguer deux choses : l’utilisation d’OGM, qui nécessite l’achat chaque année de nouvelles semences, ce qui induit donc une dépendance économique et technologique à Monsanto (en l’occurrence) et qui cause des problèmes sanitaires sur place lorsque, par exemple, l’herbicide répandu par avion devient l’agent orange (de sinistre mémoire) ; et d’autre part le problème d’un pays émergent qui se lance dans une monoculture nationale. Si le soja était si rentable à produire, c’était suite à l’épisode de la vache folle en Occident et le problème des farines animales. Le cours du soja a subitement explosé et toute l’Argentine s’y est mise, en déforestant à tour de bras. Et lorsque le cours baisse et que les rendements suivent la même courbe…

Que peut-on faire ? En dehors de la question d’autoriser ou non les OGM dans les différents pays Européens, il faut constater que le modèle économique proposé par Monsanto et consort est inacceptable : l’obligation d’acheter des semences chaque année crée une dépendance dangereuse. De plus, la fuite en avant pour utiliser des herbicides toujours plus puissants est affolante ! Rien que pour ces deux raisons, les OGM ne sont pas acceptables. Si l’on ajoute les doutes qui subsistent sur l’impact des OGM sur le corps humain, j’arrive difficilement à comprendre que des gouvernements soutiennent encore ce « mirage ». Refusons les OGM, notre planète peut nourrir toute sa population sans eux ! L’autre aspect de la question concerne les monocultures, qui rendent des pays entiers dépendants des cours des matières premières. Contre cela, des labels comme Max Havelaar sont une bonne réponse. Et bien sûr, privilégier une agriculture biologique et proche de vous permet de soutenir la production régionale, un environnement ménagé, limite les transports et permets aux agriculteurs de pays éloignés de nourrir leurs pays (par exemple sans devoir importer du maïs américain en échange de soja argentin.) »