Les pirates du vivant & Argentine: le soja de la faim

 
Les pirates du vivant

Réalisation : Marie-Monique Robin -- Durée : 55 min

Ce film dénonce sans détour le brevetage du vivant, qui réduit la valeur des plantes et animaux à leur prix sur le marché, et nie la créativité propre à la nature et au travail des hommes. Cet excellent documentaire d'investigation présente deux exemples particulièrement révoltants.

 

Argentine : Le soja de la faim

Réalisation : Marie-Monique Robin -- Durée : 23 min

L'Argentine a tout misé sur la culture d'un soja transgénique produit par Monsanto. Les herbicides les plus puissants, vendus également par Monsanto, épargnent le soja, mais contaminent les cultures vivrières et la population. Problèmes de santé, déforestations massives, utilisation croissante de pesticides, la sécurité alimentaire de l'Argentine est menacée.

Un film documentaire écrit et réalisé par Marie-Monique ROBIN

1996 : le gouvernement argentin autorise la culture du soja transgénique « Roundup Ready ». Produit par Monsanto, ce soja a été manipulé génétiquement pour résister au Roundup, un « herbicide total » à base de glyphosate fabriqué par... Monsanto. Ebranlés par une grave crise économique, qui met le pays au bord de la faillite, les paysans achètent massivement le fameux « paquet technologique » : semences et herbicide. Ils sont encouragés par le gouvernement, qui profite de la crise européenne de la vache folle pour engranger des devises et éponger une dette extérieure colossale : en effet, à la fin des années quatre-vingt-dix, l'interdiction des farines animales a provoqué une flambée des cours du soja.

Dix ans plus tard, l'Argentine représente le deuxième producteur mondial d'OGM et le soja transgénique couvre la moitié de ses terres cultivables, soit quatorze millions d'hectares. L'ampleur du phénomène est telle que la presse parle d'un véritable « processus de sojisation » du pays, entraînant de multiples conséquences, économiques, sociales et environnementales :

Les paysans et agronomes sont inquiets : l'usage massif de glyphosate a entraîné l'apparition de mauvaises herbes tolérantes, d'où la nécessité d'utiliser deux fois plus d'herbicide. Au niveau national, la consommation annuelle est passée d'un million de litres dans les années 90 à 150 millions en 2004.

Épandu par avion, jusqu'aux portes des maisons, le glyphosate provoque de graves problèmes de santé : fausses couches, mort foetale précoce, problèmes respiratoires, de peau, ou de la thyroïde.

Il affecte aussi les cultures vivrières, poussant les petits paysans à quitter leurs terres : en dix ans, cent mille exploitations familiales ont disparu. Un phénomène qui s'explique aussi par le processus de concentration des terres qu'a entraîné le développement d'une agriculture industrielle et commerciale tournée exclusivement vers les exportations.

La « fièvre » du soja provoque des déforestations massives : au cours des cinq dernières années, 800 000 hectares de forêts primitives, riches en biodiversité, sont partis en fumée.

Des voix commencent à s'élever pour dénoncer le « tout soja » qui menace la sécurité alimentaire du pays. D'autant plus que la baisse du cours du soja rend la culture moins rentable et qu'un conflit oppose les paysans, mais aussi le gouvernement argentin à Monsanto : en 2004, la compagnie a créé la surprise en réclamant des royalties rétroactives sur toutes les semences utilisées depuis neuf ans. Au début, pourtant, elle avait assuré que les paysans pouvaient conserver une partie de leur récolte pour la ressemer, l'année suivante sans avoir à payer de droits d'auteur. « Ce fut un piège », assurent, aujourd'hui les Argentins, qui craignent de ne plus pouvoir faire marche arrière.